Articles Tagués ‘Royal Enfield Southern Odyssey’

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You rock, guys ! – Leçon N°13 : savoir dire merci

décembre 31, 2009

Ben voilà. C’est fini. La horde a rejoint Bangalore. Saine, sauve, et ravie. Alors on dit…

Derniers kilomètres. L’ambiance se dissipe, on sent que la fin est proche. Certains voudraient déjà être arrivés : « Marre de conduire, je voudrais bien voler ! » lâche Praveen, journaliste pour un e-magazine de moto.

Du côté de l’équipe organisatrice aussi, l’heure est au relâchement. Sajith, mister coordinator (côté agence de voyage), ne cesse de piquer du nez dans la voiture support : « L’année prochaine, je vous suis à moto, j’en peux plus d’être enfermé dans cette caisse » ! Santosh, nouvelle recrue du team Enfield, commence enfin à déstresser : « J’ai besoin d’un massage, je ne sens plus mes fesses ! » se marre-t-il. Pour son ultime briefing, Kanwardeep, dit KD (ou Market Singh), affiche lui aussi une mine détendue ; finies les heures passées à jongler entre téléphone et talkie-walkie pour savoir où sont les uns et les autres, organiser les regroupements, gérer les aléas permanents…

Alors messieurs, un grand merci. A vous ainsi qu’aux trois chauffeurs (des amours), aux deux mécanos (des perles) et, of course, à Sachin, berger en chef de notre drôle de troupeau. Merci de votre écoute, de votre professionnalisme, de votre capacité à gérer nos bêtises – de la perte du pot d’échappement le premier jour (démarrage en fanfare) à l’ultime drag test du sac à dos (jolie casserole de fin) ! Merci pour votre temps, pour vos jours, pour vos nuits…

Merci, oui ! A un détail près : qu’est-ce que c’est que ces manières de remettre un certificat aux « riders » mais pas aux « pillions » (1) ? Nous aussi, on s’est tapé la route « with passion, skill and endurance » ! Discrimination, les gars, discrimination… Approche phallocrate, tout du moins, de considérer que les passagères ne comptent pas – je voudrais bien vous y voir, assis derrière pendant des plombes, à vous contorsionner pour prendre des photos ou essayer de noter des idées sur un bout de papier en pleine route cabossée !

Maladroit, en tout cas, marketinguement parlant, de ne pas valoriser tous les participants. Heureusement que Bhupie et moi, on ne compte pas sur vous pour savoir qu’on est les meilleures pillions du monde ! We rock, guys… ;-)

(1)  pillion : passager, assis sur le siège arrière de la moto

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Un biker peut en cacher un autre – Leçon N°12 : les apparences

décembre 31, 2009

Franchement, avant de rejoindre l’Odyssée, l’idée de passer dix jours avec des bikers me faisait doucement rigoler.

Je m’imaginais déjà, p’tite nana dans un monde de cuir et de testostérone, entourée de riders fous roulant des mécaniques…

Premières rencontres, et poum, écrabouillés les préjugés ! Srini, tout heureux d’être là avec son fils Prahlad, étudiant aux Etats-Unis, et de partager ces quinze jours avec lui. Bhupie et Hardeep, jeunes retraités, pas coutumiers de ce type d’événement, venus pour vivre le moment. Le Doc, descendu de l’Himalaya pour faire le plein de rencontres plutôt que de bitume. Aadish, diplôme d’ingénieur en poche, intéressé par l’expérience d’un long périple…

Cadres, étudiants, grandes gueules ou discrets, rêveurs ou fêtards, motards du dimanche ou expérimentés : « Ici, pas de stéréotype, chacun est unique et a sa propre raison d’être là », confirme Gurpreet – lui-même parfait exemple d’esprit libre, avec sa moto hors d’âge, ses turbans sikhs systématiquement assortis à ses T-shirts de rebelle…

Surprise aussi de découvrir, au fil de la route, le plaisir de la tracer en groupe. Rouler c’est bien ; à deux ou trois motos, oh oh, c’est encore mieux ! Se suivre, se dépasser, s’attendre, s’arrêter prendre un thé… De mots, point besoin. Un signe, un sourire, un regard : la route comme un lien, une occasion de partage.

Comme ce matin-là en compagnie d’Anand, sur la route zigzaguant entre Ooty et la réserve de Mudumalai. Puis, un peu plus tard, dans les roues de Sachin, à son rythme (ou plutôt lui au nôtre). Jusqu’à ce jour de Noël, fédérateur d’une meute heureuse d’avancer massée, s’arrêtant faire des photos de famille dans les pâturages du pays coorg, où se tourne paraît-il nombre de scènes Bollywood – Shah Rukh Khan n’a qu’à bien se tenir !

Est-ce toujours comme ça, une odyssée de motards, ou est-ce l’esprit Royal Enfield ? Argh, pour  le savoir, ne me reste plus qu’à me taper les trips organisés par Triumph ou Harley ! Même si, entre nous, j’ai ma petite idée…

Une chose est sûre : je ne regarderai plus les gangs de bikers simplement comme des énergumènes bruyants et polluants. Surtout si leur moto s’appellent Bullet, Classic ou Thunderbird ! Allez, j’irai même peut-être leur taper la causette, leur parler de la Southern Odyssey et des autres trips organisés par la marque, au Rajasthan et en Himalaya. Voire de ce projet qui, en coulisses, frémit déjà parmi les participants : le Sikkim, en petit groupe de dix ou douze, en prenant son temps, et en dormant chez l’habitant.

Preuve qu’un Enfielder digne de ce nom aime la liberté tout autant que les gens !

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Et patati et patata – Leçon N°11 : universal gossip system

décembre 30, 2009

Au pays des motards, quand se tait le bruit des vroum vroum, démarre celui des cancans… Ça joue les petits coqs, mais ça commère comme des pintades !

Les Enfield sont au parking, la journée est terminée. Celle des motards, du moins, mais pas des deux mécaniciens, précieux et discrets anges gardiens qui, à la nuit tombée ou au petit matin, tâtent les pneus, graissent les chaînes, checkent les freins, vissent, fixent, réparent…

Pendant ce temps, du côté de la horde, ça décompresse, ça papote… et ça cancane. Ah ah ah, que ceux qui pensaient que le commérage était un sport féminin révisent leur manuel du parfait potineur !

Premier round pour certains : raconter leurs exploits de la journée. « J’ai fait ci, j’ai fait ça, le camion arrivait en face de moi, j’étais coincé entre deux rickshaws, j’ai mis la gomme, j’ai manœuvré… C’est passé, je suis le roi de la route. C’est pas passé, la faute à Pierre, à Paul, aux piétons, au trafic ! » Quand il est là, le chef – aussi à l’aise sur tout type de piste que Keanu Reeves dans Matrix – se fait un devoir de recadrer : « L’environnement est ce que le conducteur en fait. Trop facile de tout mettre sur le dos des circonstances ;  ce qui compte, c’est la manière dont tu te positionnes et ce que tu fais des éléments dont tu disposes… »  Et toc, à méditer.

Pour éviter d’avoir à se regarder le nombril, d’autres préfèrent commenter en long et en large les mésaventures de leurs camarades. Surtout quand ils ne sont pas là, évidemment (leçon n°1 du parfait potineur) : «et machin qui roule au milieu de la route, et truc qui s’est gaufré trois fois, et bidule qui n’avance pas…»

Aadhish prend plaisir à suivre le rythme et les mouvements de Sachin ? Et alors, c’est comme ça qu’on apprend ! Srini a perdu l’équilibre en voulant photographier son compteur arrivé à 7777 ? Et, tonton, qui te dit que tu n’aurais pas fait de même ! Jeff conduit de manière un peu brusque ? Je voudrais t’y voir, débarquant du jour au lendemain au milieu du trafic indien, obligé de rouler à gauche, sur une moto que tu ne connais pas ! Anand bride son talent en tenant compagnie à Mustafa ? Hey, mec, les gens bien ne se jugent pas à leur vitesse…

Ce qui me gêne dans tout ça ? Pas tant que les motards indiens soient des commères comme les autres : plutôt rassurant, au fond, que leurs conversations autour d’une bière ressemblent à celles de vieilles anglaises autour d’un thé ! Mais le sentiment que l’esprit d’aventure s’accommode mal de ce genre de posture… Là où est l’ouverture, la quête de liberté, pas de machisme, pas de jugement possible. Pour s’extraire de la Matrice à vitesse grand V, pas mieux que l’attention, la présence, l’adaptabilité. Keanu Reeves en Royal Enfield !

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Comme un jour de Noël – Leçon n°10 : l’esprit plutôt que la lettre

décembre 28, 2009

Pas de dinde, pas de marron, pas de bûche, pas de foie gras. Alléluia. Noël dans une montagne indienne, ça pourrait ressembler à ça…

Une petite ville des Ghats occidentaux, un petit hôtel aux néons blafards. Pas d’eau chaude pour ce soir, ni de vêtements propres (coincés dans le camion à un check-post). Pour toute famille, quatre compagnons de route ; pour tout festin, chou-fleur et chapatis. Côté fête… Rien d’autre que cet infime sentiment de bien-être, assis l’un contre l’autre sur un bout de terrasse, à siroter un verre de rhum en attendant que les cloches sonnent.

Minuit. Ding dingue dong. « Merry christmas » ! Rohit, Aadhish, Sachin, chrétien ou pas, qu’importe ! Gurpreet pointe sa barbe. « Welcome Santa Claus ! »  Seul et précieux cadeau : un carré de chocolat. Et le moment passé. Simple, ensemble, partagé.

Noël… comme je l’aime.

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Fill good, feel good – Leçon N°9 : le plein de super

décembre 28, 2009

Monter dans la voiture de Surya pour prendre des photos ? « A tes risques et péril ! » prévient Sachin. Peut-être, mais… courage, soyons déraisonnables !

J’étais prévenue : le monsieur, ancien de Royal Enfield, a une conduite pour le moins sportive. Sur cette route de montagne sur les hauteurs de Pollachi, où les virages en épingle s’enchaînent serré serré, shooter des motos en se contorsionnant sur le siège avant, sans enlever la ceinture ni trop se pencher par la fenêtre (ordres du conducteur), ressemble à l’épreuve finale d’un championnat de yogis…

Vaille que vaille, j’en suis ! La bonne humeur mieux accrochée que le cœur, grâce notamment au petit air entraînant qui s’échappe de l’auto-radio de mon Ayrton Senna tamoul. « Une chanson sur le rire, interprétée par Kamal Hassan, grosse vedette nationale », explique-t-il.

Le rire… Celui qui, au même moment, saisit un Jeff tombé en panne d’essence. Stupidity tax vite payée grâce à l’aide d’un petit monsieur qui siphonne spontanément quelques décilitres de son réservoir pour les lui filer dans une fiole à whisky, afin qu’il puisse atteindre la prochaine station-service.

Celui partagé, quelques minutes plus tard, avec les habitants d’un village, amusés de voir une petite nana flanquée d’un gros zoom et d’un escorte de bikers. Celui du doc quand il réalise qu’il a conduit plusieurs kilomètres avec les clés de Santhosh sous ses fesses. Celui de ses facéties photographiques, de ses farces au talkie-walkie – « Sajith, do you copy ? »

Celui, encore, qui accompagne le soir les récits de motards, exploits passés, frayeurs évacuées (roues de camions, embardées de rickshaws)… Celui des chansons interprétées au coin du feu, sous les étoiles, dans la plantation de thé de Srini. Celui, enfin, qui salue la course en tête de Mustafa, jusque-là habitué à jouer les motos balais, mais qui s’arrête prendre un thé à quelques kilomètres de l’étape, afin de laisser aux paradeurs la gloire d’arriver les premiers…

Give people light and they will shine. Give people energy and they’ll go far.

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Pas gagné …

décembre 25, 2009


Pas gagné …, première mise en ligne par Yalaplanet.

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My name is Bond, VagaBond – Leçon N°8 : tracer sa route

décembre 25, 2009

J’y serais bien restée des heures, dans ce petit village de montagne à une vingtaine de kilomètres de Valparai, à siroter un thé noir sur un bout de trottoir avec Gurpreet et Mustafa…

Quand on renfourche nos Enfield, le soleil se couche sur les plants de thé vallonnés, une tendre lumière enveloppe les tons colorés des hameaux, les cultivateurs cheminent vers chez eux…

Bercée par l’air et le mouvement, je repense aux paroles de nos amis motards : Gurpreet le sikh, son sourire fondant, ses Ray Ban et son foulard camouflage, racontant en riant comment il a été pris par la pluie entre Bangalore et Madras, s’abritant d’abord sous un abri de fortune (pour protéger son précieux appareil photo) puis reprenant la route sous l’averse en pleine nuit… Mustafa le malicieux, le philosophe, expliquant comment il s’est octroyé deux précieuses semaines de vacances pour cheminer sur sa Royal Enfield. « Je suis cadre dirigeant. Toute la journée, je m’entends pousser mes troupes, m’incitant moi aussi à m’impliquer toujours plus. Enfant, je me disais : quand je serai grand, j’aurai une Bullet, une maison avec piscine et tennis… C’est aujourd’hui le cas, mais ma Enfield ne sort jamais du garage, je suis allé nager trois fois cette année, et personne ne veut jouer au tennis aux seules heures où je suis disponible, c’est-à-dire tôt le matin ! A moto, mes pensées s’ouvrent, je profite de l’environnement, du moment présent. Je me retrouve avec moi-même.»

Rupture dans la monotonie du quotidien, aventure humaine et personnelle, forme de méditation, occasion de découvrir de nouveaux horizons, impression de vivre pleinement et d’exprimer une personnalité bridée par le système… Crénon, la tendance serait-elle universelle ?

Avis : hommes, 25 à 45 ans, bon diplôme, bonne situation professionnelle, en panne « d’essence », cherchent sens à leur vie ! Et pourquoi, après tout, l’Odyssée ne les aiderait-elle pas, à trouver une direction ? Jusqu’à Bangalore, peut-être, mais c’est toujours ça de pris.

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John est tombé – Leçon N°7 : le jaadukijhappisme

décembre 25, 2009

John est tombé. Sur la route entre Kumili et Munnar, ce matin, John est tombé.

Il pleuvait, le brouillard recouvrait la montagne, mais jusque-là, tout allait bien. Et puis John est tombé. Freinant dans un virage de ses freins fatigués, glissant sur des pneus un peu trop usés, John est tombé. Heureusement protégé par de bons vêtements et les barres latérales de sa mamy Enfield, lesté par le poids de sa passagère, John est tombé, mais ne s’est rien cassé.

L’équipe a assuré : le doc tout de suite sur place, les bons gestes, les bons réflexes ; la voiture d’assistance, qui prend les choses en main ; le mécano, qui se charge de conduire sa moto… John est tombé, et ça m’a pris aux tripes de voir au sol mon vieux filou de copain, grand gamin rieur de 62 ans, anglais retiré des brumes britanniques pour partager son temps entre le soleil de Goa et celui des Corbières…

John est tombé, et ça pourrait à tous nous arriver. Pas de quoi nous empêcher d’avancer. Juste nous inciter à la prudence. Et nous faire prendre conscience à quel point il est précieux d’avoir quelqu’un pour nous aider à nous relever…

En hindi, « jaadukijhappi » est un hug magique qui donne force et bonheur à la personne que tu serres contre ton cœur. Allez viens-là, mon vieux John, que je te jaadukijhappitte un peu… Et puis quoi, jaadukijhapittons-nous les uns et les autres !

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On the road again – Leçon N°6 : fluctuat nec mergitur

décembre 20, 2009

A moto comme en rando, y a des matins où tu resterais bien couché. Puis où la journée, comme pour enfoncer le clou, s’amuse à te prendre systématiquement à contre-pied…

La matinée a beau s’annoncer ensoleillée, remonter sur Lady Enfield après cinq petites heures de sommeil, alors qu’une piscine d’eau chaude me tend les bras sur le toit de l’hôtel Arcadia : bof… Les premières kilomètres s’avèrent d’un parfait désintérêt. « Je le savais, je le savais »  maugrée mon (mauvais) esprit, soutenu dans ses revendications par mes fessiers endoloris. Ces deux-là sont sur le point de me gâcher la journée lorsque Miss Classic 500 finit par s’extraire de la ville pour grimper sur les collines de Vagamon. Adieu rickshaws louvoyants et Tata tonitruants ! Hello grands espaces et plantations de thé, vertes étendues à perte de vue. Une petite voix rieuse s’éveille dans un coin de ma tête : « it’s gonna be a sunny day ! »

Erreur : car à trop planer sur un nuage, on comprend de travers les instructions de navigation et l’on part se paumer à l’opposé de là où on était censé aller. « Gnagnagna, je te l’avais bien dis. » « Gnagnagna, tu ne me fais pas confiance. » A qui la faute ? Qu’importe ! Surtout que nos camarades, quand on finit par les rejoindre, semblent ne pas s’apercevoir de notre retard, trop occupés à jouer à grimper une pente chaotique avec leurs gros engins : « A moi le tour ! » « Même pas cap’ ! » « Tu vas voir ce que tu vas voir ! » Enfantin. Réjouissant. Régénérant. Show must go on !

Cap vers Kumili. De nouveau la montagne, de nouveau cette sensation d’être bercés par la cadence des virages. Enchanteur ? Au bord de la route, l’habitat se fait de plus en plus précaire, les visages émaciés, les hameaux déshérités. Sensation douce-amère : nous voilà bien, envahissant l’espace d’un instant la vie de ces gens, avec nos tenues de cosmonautes et nos moteurs pétaradants, filant comme un éclair comme pour ne pas voir la gravité de leurs regards… Mustafa tombe. Il est temps qu’on arrive.

Dernier round : virée nocturne dans la réserve naturelle de Periyar. A nous les tigres, bisons, porcs-épics, léopards ! Mais à peine arrivés, John et Trudie (iconoclastes retraités anglais) pètent un câble pour une sombre histoire de chaussettes anti-sangsue et de tarifs différenciés entre indiens et étrangers…  Quant à nos amies les bêtes, elles préfèrent tout simplement – et on les comprend – se taper un bon roupillon que de faire l’andouille devant les torches des touristes. Deux heures de marche pour des clous ? Peut-être si Sachin, Mr Enfield en chef, animal aussi charismatique que ténébreux, n’avait pas été de la balade… A partager ce moment, on a gagné un pote.

Minuit, game over d’une journée à l’image des routes qu’on aura traversées. Descentes. Montées. Tours. Détours… La nuit sera courte, tant pis ; mais elle me dit : profite des hauts car il y aura des bas, prends les bas tels qu’ils sont, car il y aura des hauts… La vie comme un chemin de montagne entre Kottayam et Kumili ? Ready steady po ! (1)

(1) En argot tamil, « po » veut dire « go ».

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Kotta quoi ? Leçon n°5 : la camaraderie

décembre 18, 2009

Vadrouiller sur les routes du Kerala s’avère un exercice compliqué.
Seuls moyens de s’en sortir : demander son chemin… et compter sur les
copains.

6h30, heure du briefing (ça rigole pas, chez Royal Enfield). Quand
l’équipe nous explique l’itinéraire de la matinée, on n’en mène
pas large : qu’est-ce qu’il dit ? Kotta quoi ? Tourner là, et après ?
« Le Kerala est un grand village, prévient le coordinateur. Les hameaux
se succèdent sans que vous ayez conscience de passer de l’un à
l’autre. Côté panneaux indicateurs, c’est pas ça. Ne vous fiez ni
aux rickshaws, ni aux piétons : ni l’un ni l’autre ne se pousseront
pour vous laisser passer. » Pas plus que les voitures, les bus, les
vélos, les tracteurs, les camions… Et de conclure : « Tâchez de ne pas
heurter de gens ! » Nous voilà rassurés…

Hardeep, ancien militaire penjabi, est formel : « Pour t’en sortir, ne
sois jamais le premier, ni le dernier ! » Mais dès la station-service, à
300 mètres du départ, nos camarades bikers se la jouent road runners.
Heureusement que le doc’ (encore un ! venu tout droit de Dharamsala,
celui-là) veille à ne pas nous laisser tout seuls sur une route du
Kerala, avec notre bonne mine et notre parfaite méconnaissance du
malayalam (la langue locale).

Petit à petit, toutefois, la bande grossit : toujours quelques motos à
proximité pour tenir compagnie à notre bolide bleu (une 500 Classic
flambant neuve, dernière fierté de la marque), s’arrêter à nos
côtés pour checker la route, alpaguer le local, faire une petite pause
sur une route bordée de cocotiers ou une échoppe à thé…

Au point que quand l’après-midi, chacun a filé de son côté parce que
la route était juste « toujours tout droite », j’en aurais presque
regretté les petits chemins alambiqués de Kotta… quoi, déjà ?

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